Un Trek Politiquement Correct

06/10/2010 - Pays : Venezuela - Imprimer ce message

Mon petit frère est parti, je me retrouve seul, triste, sans guide de voyage, à côté d'un homme qui ronfle dans un bus de nuit pour Mérida.

Mérida a comme réputation d'être la ville la plus agréable, et donc la plus touristique, du Vénézuela Située à proximité immédiate de la Cordillère des Andes, elle est le point de départ de nombreuses randonnées.

Elle vit du tourisme, et ça se sent. Des blancs-becs un peu partout, un accueil standardisé dans l'auberge de jeunesse avec distribution d'une carte de la ville et sur-lignage en rouge des endroits à éviter dès la tombée de la nuit. Puis surtout, des locaux souriants.

Et ça, ça change.

Ce qui ne change pas, ce sont les tailles de poitrine des filles... Tabarnak !!

Je déconseille fortement aux demoiselles complexées par leurs petites mensurations de se rendre au Vénézuela, c'est un coup à ce qu'elles se mettent d'elles-mêmes à porter la burqa. Et puis tiens, pareil pour la Colombie.

Même les mannequins en plastique affichent d'énormes seins dans la devanture des magasins, au creux de cette culture du "gros nichons" imprégnée dans tout le pays et bien alimentée par les concours de "Miss Univers", qui sont très médiatisés car ils voient souvent des Vénézueliennes accrocher le podium.

Bref, Mérida est au Vénézuela ce que Luang Prabang est au Laos, ce que San Cristobal est au Mexique, ce que Chiang Maï est à la Thaïlande, ce qu'Antigua est au Guatemala, ce que Melaka est à la Malaisie, ce que Léon est au Nicaragua, ce que Kara est au Togo, ce que Cuenca est à l'Équateur : La ville calme, mignonne et très agréable dans laquelle tu as toujours envie de rester un peu plus...

Rossana, une Vénézuelienne, va me faire découvrir la meilleure pizzéria de la ville puis le meilleur bar à salsa. Selon elle, bien sûr.

Adrien, un Français aux origines Syriennes, va me faire découvrir que les proprios de l'auberge dans laquelle nous logeons tous les 2 ne sont pas franchement arrangeants. Il les qualifiera de "foutus capitalistes" suite à leur refus de garder son sac à dos pendant qu'il marchera une coupe de jours dans les montagnes.

Cette auberge insiste énormément pour vendre ses tours de plusieurs jours : kayak, VTT, rafting ou randonnée simple. Or, Adrien, et je le rejoins, est plutôt allergique aux activités touristiquement organisées. Il prévoit de partir seul effectuer une randonnée de 2 jours dans les Andes mais malgré la réservation d'une nuit après son retour, il ne peut laisser son sac à l'auberge car il n'effectue pas le trek organisé.

Il trouvera néanmoins une solution en laissant ses affaires incognito sous le lit d'un gars restant plusieurs nuit ici.

Je me décide à l'accompagner, j'ai pas fait beaucoup de trek et celui-ci sent l'aventure à plein nez. Je remercie encore Rossana pour avoir été digne de confiance pour la garde de mes affaires, ce qui me permet d'être levé à 6h du matin en vue de prendre un 4*4, direction les sommets.

Ça grimpe, ça grimpe, ça grimpe...

Inconfortablement assis dans cette automobile avec une poignée de locaux, nous découvrons de magnifiques vues. Notamment de Mérida, qui possède dans sa périphérie un stade flambant neuf qui n'a rien à envier à ses confrères Européens.

Le genre de gars qui écoute de la musique sur son téléphone portable, sans écouteurs, ne laissant le choix à personne d'entendre pour la 6559ème fois le tube commercial que diffusent toutes les radios. Et qui en plus chantonne par dessus. Oui, on peut le dire, il a l'air ridicule. On a tous un jour rencontré un type dans ce genre là, et certains se sont probablement dit qu'il était stupide ou dérangeant, mais peu lui ont fait la remarque.

Et bien Adrien, c'est le genre de mec qui le fait :

- Excuse-moi, mon ami, tu veux pas arrêter ta musique parce que comme il y a déjà la l'auto-radio qui tourne, ça fait une source de chaque côté de mes oreilles et c'est pas super bien. Merci.

Et le gars de s'exécuter, super gêné. Je regarde Adrien avec de l'admiration pour son action. Parce que je l'aurais pas fait, dans ce 4*4. Je le sentais pas ce gars.

En tout cas, Adrien, je le sens bien. Nous portons le même keffieh et avons les mêmes intérêts.

Allez hop, on se fait dropper au début de la route de terre, alors que le 4*4 s'y engage.

Il semblerait que les 22 kilomètres qui nous séparent de Los lagunos se parcourent à pied en environ 5 heures de temps. Mais par les locaux, précise Adrien, ce qui signifie que l'on risque de mettre plus, car nous n'avons pas la même endurance, ni la même habitude de l'altitude, puis surtout nous n'avons pas de feuilles de coca, fortement utilisées dans les régions montagneuses d'Amérique Latine pour leurs vertus à combattre le mal de montagne et soulager la fatigue.

Il fait froid ici, nous sommes environ à 1800 mètres. Au bout d'un quart d'heure de marche, nous sommes en T-shirt. Le soleil et la montée qui commence à devenir bien ardue nous ont mis en sueur.

Les paysages magnifiques nous font nous arrêter plusieurs fois pour des sessions clichés.

Nous marchons dur pendant une heure de temps.

Le livre de chevet d'Adrien traite de la politique Vénézuélo-Colombienne, et en particulier de leurs président respectifs : Chávez et Uribe.

Il attaque :


- Au nom de l'anti-impérialisme, Chávez désire une disparition du Fond Monétaire International, qu'il qualifie de « Dracula ».

- C'est en avril 2007 qu'il a sorti son pays du FMI, non ?

- Si. Un FMI maintenant dirigé par celui qui va, possiblement, se retrouver au deuxième tour des prochaines élections présidentielles de notre pays.

- Ce cher fornicateur Dominique Strauss-Kahn.


Nous arrivons dans un tout petit patelin. 4 maisons. 5 en comptant celle qui est démolie. Nous demandons combien de temps il nous reste à une dame et repartons à l'assaut :

- Tu savais qu'il avait déclaré « Allez vous faire voir, yankees de merde. Nous sommes un peuple digne » ?

- Oui, j'ai vu la vidéo sur le net http://www.youtube.com/watch?v=Wroeezy2GYE&feature=related . Cela s'est passé après le renvoi par le président Bolivien Evo Morales de l'ambassadeur américain en Bolivie. Il fait de même le 12 septembre 2008 en plein air devant une foule en délire, envoie chier le gouvernement américain et l'accuse de fomenter des complots contre lui.

- C'est un barge, des fois. Mais c'est ça qui fait son charme.


Nous arrivons un peu plus tard à un autre patelin, qui fait 2 fois la taille du premier. Il y a un militaire avec une cicatrice sur la joue qui nous regarde durement et avec insistance. Nous filons tout droit en l'ignorant.

Ce qui s'offre à nous à la sortie du village fait peur : Une énorme montagne se dresse devant nous et nous pouvons discerner que le chemin sur lequel nous marchons serpente vertigineusement sur son flanc et jusqu'à son sommet. Nous nous lançons, tout en discutant, sur cette route aussi raide que la justice :


- Oui, mais une justice à 1 seule vitesse, pour paraphraser le juge Halphen.

- Celui qui a dit dans les années 90 : "Il y a en France une justice à 2 vitesses. Il faut ouvrir les yeux."

- Oui. Et à ton avis, à quoi faisait-il allusion ?

- Boah... Tu sais, il faut y aller doucement avec les gens, il faut pas balancer des conclusions directement sous peine d'être pris pour un original à côté de la plaque, voire plus. Donc, je préfère me taire.

- Clairement. De toutes façons, sa citation fait suite à son enquête sur les HLM de Paris, celle la même où il avait demandé à Chirac de comparaître.

- Et tu sais qu'un homme soupçonnable au sein de cette enquête est également lié à une découverte de Marie Laforêt qui a par la suite alerté l'opinion publique ?

- Ah non, je savais pas ! C'était quoi cette découverte ? Elle est tombée, dans l'ordinateur de son mari, sur des documents prouvant l'existence d'une loge Judéo-Maçonnique au sein du gouvernement Français ?

- Mais non, t'es con...

- Et bien alors ? C'est quoi ce scandale avec Marie Laforêt ?

- Chut. Regardes... Y'a deux esties d'énormes vaches avec des cornes en plein milieu du chemin.


Qui va y aller en premier ? Nous sommes deux cons d'humains face à deux vaches qui ne sont pas impressionnées le moins du monde, nous regardant les contourner avec la peur de manger un coup de corne ou de sabot...

Une montée de taré. Le chemin de terre a été agrémenté d'une dalle de béton afin de permettre aux roues des 4*4 d'avoir de l'adhérence sur les graviers. L'effort à fournir est colossal. Nous comprenons les regards interloqués des personnes rencontrées. Faut avoir une sacrée motivation pour treker ici.


- Les interventions de Chàvez au sujet de la Palestine sont délicieuses, en tout cas.

- Fais attention à ce que tu dis, il est taxé d'antisémite et tu risques de l'être aussi.

- Il faut se faire sa propre idée sans tenir compte de l'influence médiatique qui soutient une pensée unique. http://www.youtube.com/watch?v=j62u7agpH3g

- Dans l'idéal. Mais qui le fait ? La NASA discrédite ou ignore le sujet OVNI, cela suffit à bon nombre pour interpréter ceci comme des hallucinations collectives.


Nous atteignons enfin le bout. La vue est sublime. Comme nous sommes fatigués et que nous pensons avoir de l'avance, nous nous asseyons au bord du chemin pour la pause sandwich. L'heure est au bilan :


- Depuis que Chàvez a pris le pouvoir, le taux de pauvreté a été diminué de moitié et la pauvreté extrême a diminué de 72%.

- Oui, même si l'on va toujours nous dire de se méfier des chiffres, ça dépend de qui les publient. Par exemple les inégalités, mesurées par l'indice de Gini, ont diminué officiellement : de 48.1 au premier semestre 2003 à 40.99 fin 2008. Les chiffres sont pourtant contestés, y compris par l'institut national de la statistique qui chiffre 44,1 en 2000 à 48 en 2005, alors qu'il diminuait dans les principaux pays d'Amérique du Sud.

- Vérifier par nous mêmes est difficile. Je sais même pas comment ça se mesure ce truc là.

- Il paraîtrait qu'en une décennie, la dette publique est tombée de 30.7% à 14.3% du PIB alors que la dette extérieure a décru de 25.6% à 9.8% du PIB.

- Je roule ?

- Con placer, amigo.


Les yeux dans les sommets des Andes, la peau brunie par le soleil, nous décompressons. Après l'effort, le réconfort.


- Chàvez a établi la Constitution Bolivarienne en 1999 pour renverser les données économiques qui, dirigées par le FMI, avaient été la cause de la « décennie perdue » de 1985 à 1995, et ses terribles effets négatifs sur les populations et leurs systèmes économiques.

- Qu'à t'il fait pour ça ?

- Il a mis en place des systèmes de microcrédits d'initiative publique afin de faciliter le développement des petites entreprises parmi les franges les plus pauvres de la population n'ayant pas accès au crédit bancaire, faute de garanties suffisantes.

- Une alternative au microcrédit commun, issu d'initiatives privées.

- Une alternative encouragée par le pouvoir mais également par le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

- Il a décidé de nationaliser les domaines en friche appartenant aux plus riches propriétaires et à ceux ne pouvant justifier de titre de propriété.

- Exact, il les redistribue alors à des agriculteurs devant former de petites coopératives, afin de donner du travail aux plus pauvres et de limiter les importations dans un pays endetté et ayant une quantité considérable de terres cultivables non exploitées.

- J'ai entendu dire que la culture des OGM est interdite au Vénézuela

- Un système de banque de semences est en place. Son but officiel est de préserver la diversité des plantes. Bravo.

- C'est un pays côtiers et pourtant la pêche intensive est interdite dans les eaux territoriales vénézuéliennes, afin de préserver la biodiversité maritime et de favoriser les petits pêcheurs.

- C'est donc pour ça que la pêche au chalut est interdite dans les zones côtières.

- Son action politique est centrée sur le renforcement du rôle de l’État par le biais de nationalisations et la revalorisation du pétrole, principal produit d'exportation du pays. La nationalisation de pans entiers de l'économie du pays s'est accélérée depuis 2006, ce qui fait que sur les 6,5 millions d'habitants ayant un emploi déclaré, 2 millions sont salariés de l'État.

- Pourquoi faire cela ? Pour mieux contrôler ses citoyens ?

- Peut-être. Ou alors pour les empêcher d'être dépendant d'une multinationale aux intérêts divers...


Nous repartons. La pause nous a mis un petit coup de barre et le rythme s'est ralentit. La route paraît interminable. Celle-ci, par moment, donne directement sur une abrupte falaise. Et malheureusement, des véhicules ont déjà chutés, à en voir le nombre de croix en mémoire aux décédés.


- Reposez en paix, pauvres citoyens Vénézueliens. Mais au moins vous n'êtes pas mort par balles.

- La criminalité sous les présidences Chávez a très fortement augmenté. Ça fait tâche de sang dans son bilan.

- C'est le second pays au monde le plus violent, avec 48 assassinats pour 100 000 habitants en 2007. A Caracas, on atteint 130 assassinats pour 100 000 habitants. - Comparons : La Colombie voisine, malgré le trafic de drogue et le terrorisme des FARC, a un taux inférieur de 40.

- Il semblerait que les forces de l'ordre soient plus enclins à vivre de corruptions ou rackets que de pratiquer correctement leurs métiers, entraînant un certain laxisme dans leurs interventions.

- J'ai rencontré un couple de Français qui ont étés pris à partie par quelques personnes de la Troupe Bolivarienne lors d'une expédition touristique sur un fleuve. Tous les touristes ont eu très peur, mais finalement seul le moteur du bateau a été volé. Ce fut surtout emmerdant pour le guide Vénézuelien, propriétaire de l'embarcation.

- Les forces militaires du Vénézuela se renforcent au fil des ans, grâce à son partenariat avec la Russie qui lui vend des armes. On peut penser que Chàvez se tient prêt en cas d'invasion US.


Nous n'avons bientôt plus d'eau. Un mince filet de flotte coule en bord de route, provenant directement des sommets, ou plus précisément du champ remplie de bouses de vaches. Nous ne sommes pas difficiles et remplissons une bouteille, pour voir. C'est pas pire comme goût... Un 4*4 passe à petite allure avec 3 personnes à son bord. Nous leurs demandons combien de temps il nous reste et s'ils ont un peu d'eau à nous dépanner. Nous pourrons trouver de l'eau dans le prochain hameau à 15 minutes, alors que Los Lagunos, notre destination finale, est à 1h30 de marche. Voilà de quoi nous remettre du baume au c½ur


- As tu entendu parler du réseau de distribution alimentaire MERCAL ?

- Oui, il a pour but de distribuer en dessous des prix du marché, dans des boutiques ou des supermarchés liés à l'État, les produits agricoles.

- Pas moins de la moitié de la population en bénéficient. Il n'est même pas seulement réservé aux plus démunis et tout un chacun peut y faire ses courses.

- Le système fonctionne sur la base du rationnement mais connaît quelques défaillances que certains analysent comme le signe avant-coureur des pénuries d'une économie planifiée à la soviétique.

- Selon l'homme fort de la République, il se met petit à petit en place une politique économique sensiblement « socialiste » sans pour autant l'être totalement.

- Chàvez la nomme  "révolution bolivarienne".

- Petit à petit, ceci explique pourquoi il a proposé un référendum constitutionnel afin, entre autres, d'abolir toute limite au nombre de mandats pouvant être effectués par le président.

- Proposition interprétée dans certains médias comme l'organisation d'une présidence à vie. Alors qu'il semble normal d'avoir envie de poursuivre son idée jusqu'au bout une fois qu'on l'a commencée.

- Spécialement une idée révolutionnaire dont la politique de lutte contre la faim est présentée comme un exemple à suivre par le dernier rapport sur le Droit à l'alimentation présenté à l'Assemblée Générale des Nations Unies.

- Oui, et puis qui sait si le suivant ne sera pas un infiltré pour le compte de l'empire qu'il combat et ne foutra pas en l'air tout le travail effectué.

- Rome ne s'est pas faite en un jour. La révolution Bolivarienne ne se fera pas en 10 ans.


Le hameau pour se fournir en H2O, nous l'atteignons après une demi-heure. Merci pour l'eau gracieusement offerte, et combien de temps il nous reste, parce qu'on a vraiment mal aux jambes, jusqu'à Los Lagunos ?

- Una hora y media, mas o menos.

Bueno, nous espérons que ce soit plus menos que mas parce qu'on nous a dit pareil y'a 30 minutes. Et encore, on peut s'estimer heureux de pas se prendre la pluie...

Nous repartons, et encore une fois, ça grimpe sec.


- J'ai faim, je manque de sucre. On a même pas pensé à s'acheter des barres sucrées à matin.

- On aurait du monter en voiture, j'en peux plus.

- Ouais, en plus tu as vu comme le prix de l'essence est ridicule ici ? Impressionnant la différence avec l'occident.

- 50 litres d'essence te coûtent moins d'un euro. C'est juste golmon.

- En tant que 3ème exportateur mondial d'or noir, le Vénézuela se fait de la marge sur ses clients, notamment les US qui lui achète 40% de ses ventes.

- D'ailleurs, en janvier 2006, Hugo Chávez lance une opération de réduction d'environ 40 % du prix du fioul exporté aux États-Unis, en faveur des Américains pauvres.

- Ah oui ! Il donne suite à une promesse prononcée en septembre 2005, après la catastrophe de l'ouragan Katrina. Je me rappelle.

- Les bénéficiaires se trouvent dans les États du Maine, du Massachusetts et du Rhode Island. Il y a aussi le quartier new-yorkais du Bronx ainsi que quatre tribus amérindiennes.


Nous n'attendons qu'une seule chose, nous n'espérons qu'une seule chose, c'est que ce maudit village apparaisse derrière le prochain flanc de colline.

Mais à chaque fois, c'est un nouveau décor vierge d'habitations qui apparaît, alors que le soleil décline lentement. 4h30 cumulées que nos jambes sont en mouvement et ça grimpe sans arrêt.

Il faut que ça cesse.


- J'ai souvent questionné des Vénézueliens sur Chàvez, et ce qui en ressort est que dans la capitale, la quasi totalité des personnes interrogées n'apprécient pas son gouvernement. Par contre, en dehors de Caracas, beaucoup lui sont reconnaissants.

- C'est comme à l'étranger, il est diabolisé dans les médias internationaux donc peu apprécié de la population. C'est un personnage atypique dont l'autoritarisme et le populisme belliqueux sont pointés du doigt. Tout dépend finalement des intérêts de celui qui rédige le texte.

- On lui reproche de s'être laissé séduire par le nationalisme anti-impérialisme exacerbé de l'Argentin Norbeto Ceresole...

- Dis donc, t'as pas l'impression d'en étaler trop en citant ce gars que personne ne connaît ? Tu crois que c'est nécessaire ?

- Fermes donc ta Bush, Georges.

- Ouch, tu m'as tué, petite Sharon... gne.


La fatigue se fait de plus en plus sentir, nous salivons à l'idée de notre prochain repas. Lui veut un b½uf entier alors que je me contenterais de n'importe quoi, tant que ça me remplit le trou qui s'étend de la vessie au c½ur Nous croisons un paysan accompagné de 2 énormes b½ufs laboureurs et il nous répond que nous arriverons dans 20 minutes. Quel bonheur ! Un dernier petit effort.


- Chaque jour, à minuit, la plupart des radios diffusent l'hymne national du Vénézuela

- Leur Marseillaise se nomme "Gloria al Bravo Pueblo", Gloire au brave peuple.

- "Patriosma, Socialismo o muerte. Venceremos." Le Patriotisme, le socialisme ou la mort. Nous vaincrons.

- Une des devises de propagande que l'on peut lire sur les innombrables affiches à la gloire du PSUV, le parti au pouvoir.

- Il y a aussi "Independencia y revolucion". J'aime.

- "Celui qui travaille pour la gloire et la liberté ne devrait avoir pour récompense que la gloire et la liberté". J'ai noté celle-ci en revenant de l'aéroport.

- Dis donc, ça fait combien de temps que l'on marche depuis qu'on a parlé au gugusse ?

- Une fuckin' demi-heure. Il s'est foutu de notre gueule ou alors il sait pas compter.

- Peut-être que c'est 20 minutes en caisse.


Enfin, apparaît Los Lagunos, mignon village lilliputien perché à 2500 m. La dernière ligne droite est un supplice, nous arrivons sur les rotules et nous asseyons sur l'un des deux bancs de la minuscule place du village, sous les yeux rieurs des habitants. Une dame vient nous demander si nous savons où loger et nous propose de dormir dans sa maison qui fait également office d'auberge, et promet à nos yeux affamés de nous préparer tout de suite un copieux repas qui sera inclus dans le prix, au même titre que le petit dèj'. Nous acceptons, achetons 2 bières et enfilons des épaisseurs, parce que quand le soleil se cache en altitude, il fait vite froid.

En attendant que les bonnes odeurs s'échappant de la cuisine arrivent à maturité, nous fumons une cigarette, se félicitant du chemin parcouru :


- La vieille m'a dit que seulement une fois par semaine en moyenne, des touristes font la randonnée à pied.

- Tope là, mecton !

- Tiens, t'as vu la gueule du journal du coin ?

- Non, et puis j'ai tellement faim que si je l'ai dans les mains, je le lis pas, je le bouffe.

- On appelle ça de la censure...

- Parlons-en, puisqu'on a le temps. Le Venezuela fut classé 115e pays sur 168 par Reporters sans frontières en matière de liberté de la presse.

- Oui, l'affaire de la "Radio Caracas TeleVision" a fait du bruit. Cette chaîne a cessé d'émettre sur le réseau hertzien car la commission nationale des télécommunications ne souhaitant pas en renouveler la licence, en partie à cause de son soutien et de sa couverture du coup d'État de Pedro Carmona en 2002.

- Depuis, l'espace qu'occupait RCTV a été attribué à une nouvelle chaîne publique, TVes (Televisora Venzolana Social), dont paraîtrait-il, 74 % des contenus relèveraient de la diffusion et de l'information socialiste. Données à prendre avec des pincettes, bien entendu. Ce sera un opposant qui aurait fait la recherche.

- Quoiqu'il en soit, la présidence de Chávez se caractérise par une omniprésence médiatique qui fait de lui le président vénézuélien le plus présent dans les médias. Il y a clairement de la propagande. Une fois par semaine, toutes les chaînes de télévision et stations de radio publique interrompent leur programmation et transmettent intégralement et en direct les discours d'Hugo Chávez.

- En particulier son programme dominical "Aló Presidente", qui le voit blablater pendant plusieurs heures d'affilée.


Un homme légèrement attardé vient nous voir et me parle. Il a un problème de diction et je comprends pas un traitre mot de ce qu'il me dit. Je tente néanmoins d'établir un dialogue, par courtoisie. Moment assez drôle qui nous fait oublier que l'on crève la dalle. La dame nous appelle, son poisson frit est prêt. Du poisson en montagne ? Câlice, elle l'a péché où ? Mais peu importe, la faim justifie l'animal marin. L'attardé nous suit, il est le frère de notre hôtesse.

Nous nous goinfrons de ce repas local et appétissant, tout en remarquant combien les passants se ressemblent tous plus ou moins. Il y a probablement de consanguinité dans ce village perdu ou chaque visiteur est une attraction. Compréhensible, il n'y a strictement aucun moyen de se divertir ici, ils doivent se faire chier.

D'un commun accord, nous décrétons que nous ne pourrons pas y passer plus de 3 jours sans péter une durite.

Repus, satisfaits, courbaturés et fatigués, nous sortons marcher un peu. Il y a un buste sur la place.

- Qui ça peut bien être ?

- À ton avis ? C'est bien évidemment le héros national Simón Bolívar, le Libertador, celui grâce à qui l'Amérique Latine est devenue indépendante des conquistadors Espagnols.

- Il est OMNIPRÉSENT dans tout le pays, c'est assez hallucinant. Tout s'appelle Bolívar : La monnaie, la place principale, la rue principale, la plupart des écoles, les forces militaires, le pays... Je verrais sur un menu une "Ensalada Bolívar" que j'en serais pas surpris.

- C'est le héros de l'Amérique Latine, pourtant beaucoup moins médiatique que "le Che". La constitution vénézuélienne a été inspirée des principes de Simón Bolívar. 

- J'ai lu aussi que le Parlement a approuvé l’ajout d’une huitième étoile sur le drapeau national en son hommage.

- Quand tu arrives à l'aéroport international de Caracas, le premier truc que tu lis est : "Bienvenido a la tierra de Bolivar."

- Allez... dis bonne nuit à Simón, libérateur de l’Amérique latine et inspirateur de l’idéologie du régime de Hugo Chàvez, parce que on va aller s'en fumer un à sa santé avant de dormir.

- OK, mais je roule.

- J'ai comme l'impression qu'on est 2 types super intelligents.

- Éveillés, je dirais.

- Plus pour longtemps en tout cas.

Dehors, le nez respirant l'air frais et vivifiant des hauteurs d'Amérique du Sud, allongés dans l'herbe échangeant un épaisse fumée, nous parlons encore. Mais de nos histoires de c½ur, parce qu'il ne faut pas oublier l'essentiel de la vie. L'Amour.

Avant de fermer la journée de ce trek politiquement correct, alors qu'un vieil homme paraît mourant dans la chambre voisine, les murs de glaise nous permettant de profiter de chacun de ses vomissements, Adrien invoque une citation de Chàvez qui éclaircit la pensée de cet homme :

"Parmi les éléments qui pourraient définir le socialisme du XXI ème siècle, je dirais que la première caractéristique est l'élément moral, plus précisément la conscience et l'éthique. Il faut nous réapproprier le sens éthique de la vie. Aimez-vous les uns les autres ou aimez votre prochain comme vous même. Il s'agit de solidarité avec le frère, il s'agit de la lutte contre les démons que le capitalisme a semés : L'individualisme, l'égoïsme, la haine, les privilèges."

Faites de beaux rêves.

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Par El loco Franchute
Le 06/10/2010 à 20:22:18
Oh l'ami routard, voyageur insatiable, supporter de l'OL... QUE TAL ?!

J'ai plaisir à lire ce petit résumé de ce moment partagé ensemble, surtout maintenant que l'enfer parisien a repris le dessus sur cette Amérique du Sud qui offre le bonheur à tout voyageur qui sait le saisir.

Ingénieux de te servir de cette "épopée" pour dresser un portrait de la situation politico-économique du pays, je dois dire que le tableau est plutôt complet pour l'espace qu'il a à sa disposition pour se dessiner (Très belle phrase de conclusion au passage).

Toi qui me confiais finir toujours par faire du mal aux gens, toi qui arrives à la fin de ce voyage à travers "les terres de Bolivar", je veux partager cette phrase avec toi :
"À quoi sert de voyager si tu t'emmènes avec toi? C'est d'âme qu'il faut changer, non de climat." Le voyage a ça de grand que l'on se couche en sans-abri et qu'on se réveille en empereur. (j'espère que tu saisiras le sens de ce passage désespérément Philosophie de comptoir..)

Disfruta de estos ultimos momentos aya.

Cuidate.

Adrien

Par Nicodeloin
Le 07/10/2010 à 00:51:03
Mec, cool de te voir par ici !

L'avant-trek, ce trek, l'après-trek avec toi ont étés très agréable, alors je te remercie pour ta présence.

Tu es quelqu'un qui devrait être sur les routes plus que ça...

Concernant ta citation, je dirais ça se discute. Changer d'âme et donc ne plus être le même parce que l'on est loin de chez soi... Ou rester fidèle à ses principes et valeurs...
Dur dur...

Pour se coucher en sans-abri et se réveiller en empereur, ça ça doit faire sacrément plaisir.
L'inverse moins.
Pourtant c'est ce qui a le plus de chances de t'arriver, de te coucher avec tes affaires et de ne plus les retrouver au réveil.
En connaissance de cause je dis. :-)

Bueno, voy a disfrutar el mas que puedo antes de volver hasta una vida capitalista que es una necesidad. Ojala amigo, que evitas los rayos del imperio arribo y que sigues tu corazon hasta tu estrella, la tuya...

Si quieres algo muy interessante a leir, busca las lettras "Stig Dagerman-Notre besoin de consolation"

Vas a gustar, a huevo wey. :-)

Courage and keep in touch poto !
Par El loco Franchute
Le 07/10/2010 à 00:56:14
"Changer d'âme et donc ne plus être le même parce que l'on est loin de chez soi... Ou rester fidèle à ses principes et valeurs...
Dur dur..."

Le vécu l'ami, le vécu... le voyage c'est une vie en accélérée :)

++



Par ben
Le 07/10/2010 à 15:31:42
Comment vas tu le chamois des Andes hihihihi

Merci Adrien d'avoir supporter notre vieux nico

Je vois que de belle rencontre fait aller jusqu'au des routes des idées et au bout de ce que l'on veut je pense....

jolie rencontre, un peu de réconfort après le départ de ton frère et joli treck a mon simple avis de rêveur de voyage ...

bonne route et a+ pour la suite l'ami
Par Nicodeloin
Le 08/10/2010 à 01:56:34
Hey Ben !

Bien le bonjour !


Par Guillaume
Le 07/10/2010 à 21:13:48
Et bien, on aurait vraiment du mettre le cap sur Mérida, c'est une expédition comme ça que j'aurais aimer faire!!

Et puis les paysages, c'est agréable!!

Bonne route



Par Nicodeloin
Le 08/10/2010 à 01:35:59
Oui, mais c'était compliqué, malheureusement.
Niveau transports notamment, celà m'aurait fait revenir sur Caracas et repartir sur Mérida...

Pas pratique tique tic.

A bientot frerot.



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