Le Tripod de Palenque

29/06/2010 - Pays : Mexique - Imprimer ce message

Palenque, comme promis, quelqu'un va vous raconter cette histoire à couper le souffle.

Il y a même une vidéo : http://www.youtube.com/watch?v=gaHrHG6JGWM

Déjà, pour poser le décor, il fait une chaleur étouffante du matin au soir, climat tropical dans cette jungle humide.
Dire qu'on transpire est un euphémisme. L'air est moite, irrespirable, désagréable.

Daniel, Philip et Nico veulent absolument faire un voyage psychédélique.

Il y a 4 kilomètres à parcourir pour se rendre jusqu'aux ruines depuis les logements qu'ils occupent.
Dès le début de la route, il y a une barrière. Un homme est armé d'un walkie-talkie et d'un fusil à pompe. 25 pesos pour entrer, en échange d'un bracelet en papier.
Au bout de 500 mètres, un homme surgit de la jungle bordant la route. Il regarde la troupe de jeunes gens qui chemine péniblement entre l'asphalte brûlant et le soleil qui l'est tout autant. Nico traverse la voie et s'en va à sa rencontre.
Les informations recueillies la veille se confirment, c'est ici que l'on peut se procurer des champignons hallucinogènes. Le deal sera fait au creux d'une petite clairière. La troupe repart, sourires aux lèvres, avec 2 familles de champignons bien au chaud entre 2 feuilles de palmiers, elles mêmes dans un sac plastique noir.
Ce dernier restera dans le sac à dos de Nico. La troupe arrive aux ruines, en sueur. Il faut de nouveau payer 50 pesos.

Daniel, Nico et Philip vont s'asseoir dans l'herbe, entre 2 magnifiques pyramides et avalent les champignons. Pas tous, il en reste 2 petits vieux rabougris qu'ils décident de garder pour plus tard, au cas où. Puis ils s'en vont tenter de retrouver les Mexicains.
Les ruines sont magnifiques. Au bout d'une demi-heure, les premiers effets se font sentir pour Daniel et Nico. Ce dernier va d'ailleurs expliquer à José Ramon qui les a rejoints qu'il voit de l'amour partout autour d'eux. Ils grimpent tous au sommet de l'une des pyramides et l'instant est magique.
Le voyage commence doucement mais sûrement. Un texto est envoyé aux filles afin qu'elles les rejoignent. Bien assis à l'ombre, ils sont joyeux. Quelle vue magnifique, quelle tranquillité, quelle chouette civilisation ! L'endroit grouille de monde mais peu leur importe, les arbres commencent à bouger tout seul, la température est bonne à l'ombre et il y a des cascades un peu plus loin.

Ils attendent les filles, échangeant en anglais et espagnol leurs impressions. Philip est un peu frustré car il ne ressent pas d'effets. Il va donc proposer de manger les deux derniers champignons. Nico lui suggère qu'il se les bouffe en solo puisqu'il est le seul à ne pas se sentir différent.
Nico, qui d'habitude fait attention à ce genre de détails, commet une erreur :
 - Vas-y, prends les ici, vite fait, on s'en fout.

Philip sort le sac de champis et avale jusqu'à la dernière miette, lorgnant tous les recoins du sac.
Daniel est en train d'exprimer une idée très philosophique, donnant à José Ramon le goût de prendre une photo. Nico sort également sa caméra pour faire un cliché du groupe qu'ils sont.
Il déplie son trépied, fixe son appareil et cherche un angle.

Il met 3 plombes à en trouver un. Quand il va pour prendre la photo, il se rend compte que Daniel est parti et pousse un soupir.


Ce soupir de lassitude est un signe.
Il annonce ce qui va arriver par la suite.
Un bad trip, une fin de voyage prématurée, quelque chose de vraiment stressant et effrayant.

Il pousse un soupir et c'est là qu'un homme portant un T-shirt du site archéologique intervient.

Il lui explique qu'il est interdit d'utiliser un trépied, matériel classé dans la catégorie professionnelle. Le droit s'obtient en contrepartie d'une petite fortune.
Les jeunes répondent qu'il n'y a pas de problèmes et Nico referme tranquillement le trépied pour le ranger dans son sac.
Il se dit qu'il n'a pas été assez rapide et en sourit... Il s'apprête à demander au monsieur en question s'il pourrait avoir l'amabilité de les prendre en photo. Cependant, un détail attire son attention et il change d'avis. Hormis le fait que ce type va cadrer n'importe comment, il remarque la sobriété de l'uniforme.
Ces gardes sont difficilement identifiables dans une foule. Il se peut qu'ils en savent plus sur eux qu'ils le pensent, mieux vaut garder ce qui a de la valeur.
Ces T-shirts du site ne portent qu'un logo très discret, et hormis le walkie-talkie, difficile de discerner que cet homme travaille ici. Nico lève la tête et voit 2 types avec le même T-shirt qui discutent en le regardant.

De toute évidence, ils surveillent que personne ne consomme de tabac ou n'utilise de matériel pro à l'intérieur du site.
Mais depuis combien de temps sont-ils là ?
Et pourquoi ne s'en vont-ils pas une fois que le pied est rangé ?
Louche, un peu. Légèrement.

C'est là que l'homme entame vraiment une phase de problèmes :
 - Est ce que tu peux ouvrir ton sac à dos pour que je puisse voir ton trépied s'il te plait ?

Aïe. Nico, en plein envol vers un trip spirituel, doit redescendre sur terre pour régler cela.
 - Pourquoi tu veux voir mon trépied ?
 - Je veux juste vérifier un truc à propos de ce trépied. Est-ce que tu peux ouvrir ton sac s'il te plaît ? répète calmement le garde de sécurité.

Nico va pour aller au conflit. Non, il n'ouvrira pas son sac. Notamment parce qu'il y a ces putains de champis dans son sac. Et que c'est considéré comme une drogue.
Et qu'au Mexique, on peut avoir de gros problèmes judiciaires avec la drogue.

Mais l'insistance du garde va être suppléé par Philip, qui va lui faire signe d'ouvrir le sac. Nico va s'exécuter en priant pour que le sac en plastique noir ait bien été remis par Philip dans la petite poche de devant, comme initialement.
Et bien non. Il est juste à côté du trépied. Le garde s'avance et vient directement vérifier ce qu'il y a dans ce sac, sous les yeux consternés de Nico, Philip et José Ramon, alors que Daniel est un peu plus loin et ne se doute de rien. Nico va reprendre des mains du garde le sac :
 - Hé, c'est quoi que tu veux voir, mon trépied ou ce... putain de sac ?

Le garde répond par une question :
 - Qu'est ce qu'il y avait là-dedans ? Vous avez pris de la drogue, hein ?
 - Non, non...
 - Si, si, vous avez pris de la drogue, je vous ai vus tout à l'heure.
 
Silence.
Ca ne sent pas bon du tout. Le garde intime l'ordre à Nico de ranger la preuve dans son sac puis de l'accompagner.

 - Pourquoi ? Qu'est ce qu'il y a ?
 - Parce que vous avez consommé de la drogue sur le site et que c'est interdit par la loi, nous allons donc vous livrer à la police.
 - Mais non, voyons, ne soyons pas ridicules. On va discuter un peu, y'a pas besoin d'appeler la police...

3 minutes de palabres plus tard, les garçons doivent se rendre à l'évidence. Ils sont dans la merde. Les gardes les invitent à les suivre, leurs mettant une importante pression.
Ils sont escortés pour descendre de la pyramide Maya, et ils ne profitent plus vraiment des effets, sentant qu'il va falloir jouer serré...

Les gardes les entraînent à l'écart, à l'abri des regards indiscrets. C'est à se moment là que Daniel rejoint ses amis, ne se doutant vraiment de rien. Il a envie d'échanger ses impressions sur le fait qu'il sent une incroyable énergie et s'imagine la vie ici comme à l'époque. Daniel le Californien nage dans le bien-être et en voyant ses amis donner leurs billets d'entrées aux gardes, il se dit que c'est chouette et qu'il va faire la même chose...
Ce n'est qu'après avoir échangé quelques mots avec Philip et José Ramon qu'il va se rendre compte de la gravité de la situation. Et qu'il va se mettre à flipper. Il va vouloir s'en aller en douce mais les gardes le rappellent à l'ordre en le voyant s'éloigner...
 - But... I did nothing...
 - Restes ici avec tes amis... La police va venir.

Les gardes font un appel au walkie. Les garçons se regardent. Nico tente de sourire pour dédramatiser, mais ce ne semble pas être communicatif.
Il va demander aux gardes s'ils ont une preuve de leur fonction sur ce site archéologique. On lui montre fièrement une carte d'agent de sécurité.

Philip essaye de trouver une solution d'entente avec les gardes :
 - Vous ne pouvez pas appeler la police, il doit bien y avoir une solution pour régler ça à l'amiable... Non ?
 - Quelle solution tu crois qu'il y a ? rétorque l'un des gardes.
 - Je ne sais pas, on peut trouver un terrain d'entente...

Philip sait comment ça fonctionne, il a déjà été témoin de ce genre de péripéties. Mais il ne souhaite pas prononcer le mot argent trop vite, car une accusation de corruption peut être portée contre lui et aggraver la note.

José Ramon n'ayant pas consommé, il est mis hors de cause. Nico, qui a la preuve dans son sac, se fait dire par l'un des gardes :
 - Tu vas a pagar mucho si tu no quieres ir en prison !

Nico toise le gars, une boule dans la gorge. Il ne répond rien mais n'en pense pas moins, qu’il ne payera pas parce que y'a une autre solution. Faut chercher.

Daniel, qui débute l'espagnol, ne dis rien, excepté "por favor, señor..." de temps en temps.
Philip, excellent en espagnol, essaye d'ouvrir une discussion raisonnable pour calmer la situation et la régler sans qu'il soit nécessaire d'appeler la police.
Nico, moyen en espagnol, exprime son doute sur le fait que les gardes les ais vus et refuse d'admettre la présence d'une preuve valable.
On lui répond qu'ils vont subir un test de salive qui va les confondre sans aucun doute, puisqu'ils ont étés vus. Et que de toute façon la police va arriver.
Et que là ils vont moins faire les malins.

Les gardes leurs ordonnent de les suivre à l'extérieur, afin de régler ça avec la putain de police, un mot qui a chaque prononciation leur glace le sang. Toute la troupe chemine à petits pas en direction de l'entrée. Elle est à environ 800 mètres. C'est à ce moment qu'un groupe de touristes nous croisent. Ils sont 3, dont une Allemande qui avait déjà tchatché avec Daniel. Elle le salue et lui demande s'il va bien.
Daniel, forcément ultra flippé et gêné, lui répond en conséquence. Et elle de lui lancer jovialement, sans aucunement notifier la présence de gardes :
 - Is it because of the mushrooms ? Are you on mushrooms ?

Aie aie aie... ce carnage. Quelle truie. Quelle incompétence sociale.
Les gars se sont pincés les lèvres pour ne pas hurler les seules insultes qu'ils connaissaient en Allemand.
Ils ne peuvent même plus tenter de nier la consommation, ils sont grillés à mort.

La troupe continue encore 100 mètres avant de s'arrêter.

Ils attendent cet homme qui arrive au loin.
 - Lui, c'est le chef de la police.
Il n'a pas d'uniformes, pas d'armes, pas de menottes, son portable à la main.
 - Claro que parece como un jefe de la policia, marmonne ironiquement Nico qui remarque le jeu auquel est en train de jouer le commissaire sur son Nokia.
 - Il faut lui montrer vos passeports.
 - Je ne l’ai pas sur moi, répondent-ils les uns après les autres.

Les méchants se mettent à parler entre eux tout en veillant à ce que les gentils, qui en profitent pour échanger brièvement, ne s'éloignent pas trop...

 - Allez, on va y aller. On va vous emmener à la police.

Daniel s'assoit. Il n'a pas envie d'aller là-bas. Il aimerait bien être loin d'ici. La trouille le submerge, l'imaginant dans un bureau de la police, seul, en train de devoir répondre à des questions qu'il ne comprend pas. Puis finalement se retrouver en prison au Mexique, sortir au bout de 3 ans avec un excellent niveau en espagnol et des tatouages pleins les bras.
Il pâlit à vue d'½il.
Philip annonce clairement aux gardes qu'il y a probablement un moyen de s'arranger et qu'il a une idée pour ça. Parce qu'ils ne veulent pas aller voir la police et qu'ils seraient prêts à offrir quelque chose pour régler au mieux la situation.
Les gardes lui demandent ce qu'il compte offrir. Philip est évasif. Nico se penche vers Daniel et tente de le réconforter :
 - Tout ira bien, mon ami, tout ira bien. Tu n'as juste qu'à sourire et tout ira bien, d'accord ? Personne n'ira en prison et personne ne payera quoi que ce soit. Do not worry about it !
 - Ok... ok... Mais allons nous-en, je veux partir d'ici.
 - Yo tambien, quiero get the fuck out of here.

Le chef de la police, en sueur, sans charisme, vient demander les nationalités des jeunes gens. Philip est en train de parler d'un montant de 1500 pesos, une fortune, soit 150 euros. Les gardes lui sourient comme pour lui dire qu'il est loin du compte...
Ils insistent encore pour que le groupe se déplace en direction de la sortie pour être récupéré par les forces de l'ordre.

Nico prend le relais du plaidoyer en appuyant sur le fait que c'est pas grave, que ça les regarde uniquement eux s'ils consomment de la drogue et que c'est pas leurs oignons, aux gardes. Ils n'ont qu'à faire comme si ils n'avaient rien vus.
Puis il balance un speech sur le fait que les lois sont écrites par la classe dirigeante et que tout le monde présent ici est de la classe du peuple. Ainsi, pourquoi se mettre des bâtons dans les roues entre nous ?
Les gardes ne répondent rien, probablement qu'ils n'ont jamais réfléchi comme ça. De toute façon, ce qu'ils veulent c'est de l'argent, clairement.
D'ailleurs, ils n'ont pas l'air tant pressés que ça de les emmener à l'extérieur, en vérité. Il n'y a ni armes ni menottes, il y a Philip qui négocie le prix pour éviter des problèmes judiciaires, il y a les gardes qui ont l'air d'être d'accord. Le policier aussi.

Philip se tourne vers ses amis et demande si quelqu'un a de l'argent. Personne n'en a. On est venus à sec. Tous. Il fait volte-face et explique aux méchants qu'ils n'ont rien sur eux et qu’il leur faut s'en retourner à la chambre.
Les méchants tirent la tronche et demandent combien exactement ils possèdent dans leurs poches.
Philip répète qu'ils n'ont rien du tout mais qu'ils peuvent les accompagner aux bungalows qu'ils occupent et avoir l'argent là-bas.

Corruption.

Sauf que ça ne plaît pas à Nico, cette histoire... Il ne veut pas payer. Il y a probablement une autre issue, moins onéreuse, moins emmerdante et beaucoup plus équitable.

Il s'adresse au chef de la police :
 - Est-ce que tu as ta licence de police ? J'aimerais la voir.
 - Euh... non je ne l'ai pas sur moi.
 - Ah bon ? Ce n’est pas normal ça, les lois dans la police sont d'avoir toujours sur soi sa licence.
 - Elle est chez moi.
 - Je le sais qu'il faut toujours l'avoir sur soi parce que j'ai un ami qui travaille dans la police à DF. Je peux l'appeler pour lui demander de vérifier si tu es de la police ou pas.

Silence.

Nico reprend :
 - Non mais sérieusement, tu es de la police ou tu es un garde ?
Hésitations.
 - Je suis... de la police...
 - Mais tu n'as pas d'uniformes. Tu as le même T-shirt qu'eux sauf qu'il est jaune. Donc tu travailles ici ?
 - Oui mais... je suis de la police au...
 - Tu es de la police ou tu n'es pas de la police ?
 - Non je travaille ici... et dans la police aussi.
 - Mouais... Donc les autres ont racontés des mensonges...

L'un des gardes me coupe :
 - C'est la même chose de toute façon. Et si vous le croyez pas, pour nous c'est pareil. Vous êtes en tord et hors la loi.

Il se tourne vers Philip.
Nico se tourne vers Daniel pour lui dire qu'il va s'en aller. Daniel lui dit qu'il le suit.

 - OK, vamos ! lance Nico en partant d'un pas léger.
 - Attends, Nico ! lui lance Philip.
 - Pourquoi ? Ils veulent nous livrer à la police, on y va !
 - Non, assieds toi Nico ! Tout de suite ! renchérit son ami Suédois.

Philip ne veut bien évidemment pas monter dans une voiture de police et être emmené en cellule.
Le truc, c'est qu'il n'y avait pas de voitures de police à l'entrée du site. La seule arme vue fut celle du douanier plein de gras à 3 kilomètres d'ici.
Nico veut y aller, officiellement parce que les autres veulent le livrer à la police et qu'il est un suspect docile et coopératif.
Officieusement parce que si une voiture a été appelée depuis le centre ville à 7 bornes, elle va mettre un certain temps à arriver, ce qui donne une chance de fuite.
Mais pour ça faut être dehors.

 - Alors allons-y, messieurs, allons voir la police ! lance Nico en reprenant sa route.

Il part, Daniel le suit en faisant mine de jeter un bout de bois dans une poubelle, les gardes leurs emboitent le pas, accompagné de Philip.
Pas tous les méchants. Seulement 3.

Daniel n'en a plus rien à foutre de ce qu'il se passe. Tout ce qu'il veut c'est se barrer d'ici au plus vite. Sans se retourner. Il lui reste 3 jours à passer au Mexique avant de rentrer voir sa girlfriend, alors non, pas de ça si près du but.
Il allonge le pas, emboîté par celui de Nico. Qui lui demande de ralentir, en constatant qu'au bout de 50 mètres, ils en avaient pris 25 d'avance sur les gardes, en discussion avec Philip.

Daniel lui explique qu'ils devraient partir en courant.
Nico lui dit qu'il faut attendre, parce que oui, là ils pourraient partir au sprint, mais il y a Philip.
Et dans ces moments là, c'est together ou nada.

Quand Philip arrive à leurs hauteurs, ils ne sont plus que 2 gardes, l'autre a probablement repris sa position. Faut pas oublier qu'ils travaillent les types.
Philip est encore en train de discuter avec le chef de la police. C'est le moment que vas choisir Nico pour se débarrasser ni vu ni connu de la preuve, le sac plastique noir qui est dans son sac. Maintenant, il peut, car il est beaucoup moins surveillé. Et ça fait une plombe qu'il ne pense qu'à ça.

Ils arrivent sur la place principale du site, plus très loin de la sortie, où il y a quelques touristes assis à l'ombre. Le groupe va marcher non loin de ceux ci, tandis que le chef de la police les incite à ralentir la cadence. Arrivés à hauteur des touristes, Philip s'en prend ouvertement au policier, en parlant très fort pour sensibiliser l'opinion publique :
 - Voyons, ce n'est pas sérieux, monsieur ! Vous dites être un policier et vous n'avez même pas de licence ! Ce n'est pas possible, nous ne pouvons pas vous croire et vous faire confiance...

Les gens regardent la scène, surpris. Daniel et Nico continue de tracer en direction de la sortie, ne sachant à quoi s'attendre, 3 policiers armés, des autres gardes, ou personne...

La sortie est presque atteinte, et le passage est étroit. Il suffit d'un homme bien en chair pour en bloquer l'accès. Ont-ils donnés le signal pour surveiller les issues et nous saler la note en nous inculpant de tentative d'inobtempération ?
Ils se retournent, Philip marche devant le chef de la police, on devine qu'il accélère le pas. Daniel arrive au bureau de la réception, trois hommes sont là.

Mais derrière le comptoir. La voie est donc libre. Daniel passe devant les hommes en mode "tombe".
Nico leur sourit et lâche, comme une excuse à sa sortie :
 - Un cigarillo...
 - Si, si, va ! lui répond un des types.

Il ne va pas se le faire dire 2 fois.

Un dernier coup d'½il derrière pour s'assurer que Philip suit le bon chemin et hop, dehors, dans l'espace public, celui de tout le monde.

 - Qu'est ce qu'on fait ? demande Daniel. On prend un "collectivo"(petit bus) ?
 - I don't know, man...

Dangereux de monter à l'intérieur d'un véhicule qui va avoir ses portes fermées. C'est se réduire des possibilités.
Parce qu'à partir de ce moment, c'est une autre phase qui s'annonce, celle du terrain.
Et celle-ci, y'en a un dans le tas qui l'aime bien.

Philip les rejoints et ils traversent la petite place pleine de marchants ambulants qui viennent leur proposer à manger, à boire, des champis, et toutes sortes de babioles. Comme si on avait le temps.

 - Qu'est ce qu'on fait ?
 - On s'en va.
 - On prend un bus ?
 - Eloignons nous d'abord. Ils sont où les gardes ?
 - A l'entrée, la dernière fois que j'ai regardé.
 - Ils viennent je crois.
 - OK, on part à pied par la route.
 - On court ?
 - On marche vite, plutôt.

Ils s'approchent de la route, l'empruntent et commencent à la descendre.
 - On court ? demandent Daniel.
 - Non, non, quand on ne sera plus visibles.

Soudain, des cris retentissent, en provenance de la place.

Philip réagit :
 - C'est à nous qu'ils s'adressent ?!
 - OK, now, we fuckin'RUN !

Nico joint le geste à la parole et se met au sprint. Il est vite dépassé par Daniel qui est le seul à porter des chaussures de marche et qui n'a pas de bagages. Il prend au moins 30 mètres d'avance. Philip, qui a de suite pris ses tongs à la main, regarde avec effarement les cigarettes qui volent devant lui en pluie.
En provenance du sac de Nico qui valdingue sur son dos, le paquet s'est ouvert et s'est à moitié vidé. Philip s'arrête pour ramasser la crème solaire de Nico, alors que ce dernier a stoppé sa course pour des lunettes qui sont tombés de sa tête. Il s'aperçoit que son compagnon européen est pieds nus et se dit que c'est quand même plus pratique, et va bien évidemment faire la même chose.

Et Daniel les regarde, se demandant ce qu'ils branlent.

La course est reprise.

La route est très longue et bordée par la jungle, il semble stupide de rester sur l'asphalte. Il leur faut se mettre à couvert.

 - On the left, on the left !
Nico et Philip traverse la route au frein à main, manquant de chuter, et s'engouffrent dans un espace entre deux palmiers. Daniel, qui avait de l'avance, revient de quelques pas et les suit.

C'et la jungle. Tout pique, tout accroche, tout fait mal.
Ils s'enfoncent d'une vingtaine de mètres et s'arrêtent au pied d'un arbre. Ils s'assoient sur les fourmilières et ne font plus un bruit, l'oreille tendue.
Chaque bruit les fait sursauter. Le c½ur bat vite et fort, ils sont en sueurs et redoutent plus que tout l'arrivée de gens à leurs recherches ou le son d'une sirène de police.

5 minutes plus tard, ils se détendent un peu. Ils dialoguent. Pas trop fort sinon Nico fait remarquer que ce n'est pas terminé et qu'il faut rester discret.
Des bruits de personnes se font entendre, justement. Ils se baissent et ferment leurs bouches. Ce sont des paysans qui s'en vont aux champs. Ils ne les voient pas, trop occupés à regarder où poser le pied dans cet environnement hostile...

Ils vont se raconter chacun leurs versions de l'histoire, les détails frappants, définir leurs erreurs, celles des gardes, rigoler un bon coup, se nommer la "tripod team", se dire qu'ils sont contents de vivre ça ensemble, faire un silence de mort suite à une noix de coco tombée au sol, se féliciter les uns les autres, reprendre à rire, en parler sérieusement, se rendre compte qu'ils ont créés de forts liens avec cette histoire, fumer toutes leurs cigarettes, faire des vidéos et finalement, au bout de 2 heures, se décider à sortir de leur planque.

En espérant ne pas faire de mauvaises rencontres sur la route.

Ces clochards n'ont même pas de quoi payer un ticket de bus à 10 pesos. Ils n'ont donc pas le choix, ils vont prendre la route à pied.
Bien entendu qu'ils rentrent aux bungalows, ils ne vont pas revenir aux ruines. C'est fini, les Mayas à Palenque, y'aura plus grand chose à en dire.
Puis de toute façon, les gardes ont leurs tickets.

Ils marchent à 3, technique déjà apprise, un éclaireur 15 mètres devant qui déniche tous les points de fuite et les indique aux autres. Au cas où un véhicule venait à stopper à leur hauteur.

Rien n'est à signaler durant le trajet.

Mais le premier barrage, avec le douanier armé ? S'il a reçu l'ordre d'intercepter 3 jeunes touristes ? S'il y a une patrouille qui les attend ?

Ils décident de passer par la jungle dès que le poste douane est à portée de vue, pour plus de sécurité.
Ils vont se battre au travers de la végétation, tâtonnant pour trouver leurs chemins au hasard jusqu'à ce qu'un bruit de marteau martelant une tôle leur indique la direction d'habitation en construction, et par conséquent la leur.

Et ce n'est que quand ils s'étendent chacun sur leurs lits, de la boue pleins les pieds, des toiles d'araignées sur les oreilles et le corps trempé, qu'ils peuvent pousser un soupir.

Celui qui indique qu'ils sont en sécurité.

Grosse leçon, toujours faire attention, être sans arrêt sur ses gardes.
La prochaine fois sera bien pire, il n'y aura peut-être pas le même dénouement.

 - En tout cas, ils m'ont totalement coupés mon trip, objecte Daniel.
 - Moi aussi, réponds Nico. D'ailleurs, c'est eux qui auraient dû nous dédommager pour ça.
 - Ca vous dit les gars que je retourne voir les vendeurs pour en racheter ? demande Philip, on ne peut plus sérieux.
 - Ouais, mais faut faire attention parce qu'à force de jouer avec le feu, on va finir par se brûler.
 - C'est une théorie. Mais il y en a une autre qui dit que plus on joue avec le feu, plus on sait comment l'éteindre.

Nico et Daniel se regardent. Puis regardent Philip.
Et les 3 sourient.

 

Note: 5/5 - 1 vote(s).
Imprimer ce message
Syndication :

Par Ben
Le 29/06/2010 à 20:32:49
Ah mon Nico, y a que toi pour tomber dans des galères comme ça lool ;-)
Ca fait plaisir à lire en tout cas !
La biz ma poule et à bientôt !
Par Nicodeloin
Le 30/06/2010 à 01:41:46
Petite benne !
Preum's tu es.

J'attends les photos de ta maison, tabarnak !
;-)


Par Ross
Le 29/06/2010 à 22:48:28
Eh ben quel aventure... Le principal c est que vous vous en etes bien tirer. Et dire que dans le pila on peu les cueillir et les manger sur place... Continu bien ta route à plus amigo
Par Nicodeloin
Le 30/06/2010 à 01:48:46
Merci Ross...

Oui clairement, je recifierais la situation dans le Pilat un de ces 4...
Et pourquoi pas avec toi ...!

;-)


Par leny
Le 30/06/2010 à 01:00:23
no que muchos dineros para comprar policia jaja???, no es cierto es broma.

Nico recuerda que en Mexico tienes dos amigas abogadas, la proxima vez que vengas a Mexico y tengas un problema similar buscanos cuidate.
besos!!!!
Par Nicodeloin
Le 30/06/2010 à 02:00:45
No sé que significa "abogadas" (si, ahora lo sé...) pero tengo una duda sobre el hecho que ustedes hayan podido ayudarnos... :-(

Que tal de la usada de hongos hallucinogenos en Mexico ?

Besos tambien a ti y Yvonne !

Hasta la vista, pendejas !


Par leny
Le 30/06/2010 à 07:32:29
oye porque la duda? no somos tan pendejas ehh, lo que paso contigo fue a proposito, queriamos perderte jiji.

me dio mucha risa al leer tu cronica, me imagine la cara de nico cuando le preguntan esta usted drogado?? y nico: eh, no, no; mucho sol para hablar español y mexicanos bla, bla jaja, creo que al frances se le bajo su "plano espiritual" (alucinacion), te recomende que fueras a ver los sembradios pero no que los consumieras.

Hablando en serio, ivonne y yo pronto seremos "lawyers"(abogadas), por ahora solo somos estudiantes de derecho, pero claro que te podiamos haber ayudado, no somos tan malas. Para otra ocasion lo mejor sera que no hables español, es mejor en tu idioma y no declares, ni digas nada, hasta que te auxilien personas de tu embajada o consulado, ademas te hubieras dejado que te encerraran no es tanto tiempo jaja; hay otras formas de aprender hablar el español, chuuut tus padres podrian ver esto jaja. es broma nico

Hasta luego nico.

PD= nosotras ya no somos las pendejas, ahora es el frances (nico), suerte y bienvenido al club de los pendejos

Par maman
Le 30/06/2010 à 08:57:55
je ne suis pas contente !ca t es egal je ne suis que ta mere.tu vois que je serais un boulet si je venais avec ton frere.j ai pas fini de m inquieter et je vois qu il y a de quoi.n entraine pas Guillaume dans des situations comme ca.j en ai gros
Par Nicodeloin
Le 30/06/2010 à 20:15:04
Si tu n'es pas contente, deshérites moi...
:-p

Pourquoi tu serais un boulet ?
T'es pas curieuse de ce genre de choses naturelles qui offrent une autre perception ?
Viens !

Inquiètes toi pas. Ou au pire considère moi comme fini, comme ça tu fais ton deuil un bon coup et on en parle plus.

Promis, je n'entrainerais pas Guillaume dans ce genre de choses.

(J'hallucine, je tiens tête à la corruption et me fais engueuler par ma mère...)

Bisous !
Je t'aime.


Par maman
Le 30/06/2010 à 21:45:26
tu sais tres bien que je m inquiete alors imagine comme ton recit ma fais peur.t es mon fils et tu le seras toujours alors fais attentiona toi.je t ai pas engueuler et je suis contente cela m a donne droit a un "je t aime"Gros bisous
Par Nicodeloin
Le 02/07/2010 à 02:50:43
;-)

Un peu d'amour pour calmer la bête qui gronde...

Jettes un oeil un peu plus bas, tu as un message d'un de mes amis...

Bises à tous !


Par Karim
Le 30/06/2010 à 22:24:19
Salut l'ami. Consulte ta boite, je viens de t'envoyer un mail. Alors c'est officiel, avec Marion nous arriverons à San Jose Costa rica le 16 Juillet prochain. Faut qu'on se connecte!
Par Nicodeloin
Le 02/07/2010 à 02:41:44
YES !!!!!

Voilà qui fait plaisir !!!

Mon Karim, ça va blaster dans les bermudas !


Par sylvain leal
Le 01/07/2010 à 04:32:10
OUAIS ça c'est vraiment tripant,vivre un moment comme ça c'est exceptionnel!il est clair qu'il ya des histoires qui finissent mal, mais moi perso j'ai confiance en ta bonne étoile et en ton courage! en passant une sauce aux morilles sur magret de canard c'est pas mal non plus!.......
Par Nicodeloin
Le 02/07/2010 à 02:42:55
Merci mec !

A bientôt sur la toile !


Par Torpedo
Le 01/07/2010 à 13:54:39
Chère Maman Nico,

N'ayez crainte. Ce genre de péripéties arrivent sur la route... Ce sont les aléas d'un voyage autour de la boule. Mais votre fils à suffisamment la tête sur les épaules pour se tirer des dangers qui le guettent sur la route.

Sa facilité à tisser des relations, son sixième sens qui l'avertit du danger et son sang-froid dans les situations extrêmes lui permettent d'éviter bien des ecueils.

Je suis certain que vous allez en rire prochainement ensemble :)

Signé : un vieux baroudeur...
Par Nicodeloin
Le 02/07/2010 à 02:44:47
Bravo et merci à toi, Torp' !

Très belle intervention ! :-)

Par maman
Le 02/07/2010 à 11:47:08
merci c est gentil ,mais j aime nico et je me fais du souci pour lui ; il le sait.a bientot


Par mar
Le 01/07/2010 à 18:03:10
je me rappelle d'une des soirées de bavards ou on a discuté de la police, tu comprends maintenant pourquoi je les déteste!!

gros bisous!
Par Nicodeloin
Le 02/07/2010 à 02:47:21
Je me rappelle aussi des soirées bavards mais... c'est pas ça qui me vient en tête en premier ! ;-)

Gros bisous à toi et à toute la famille depuis le Nicaragua.

Et oui, Saez en fond, "toujours on veut de l'or", ça résume bien la corruption...


Par Le français de la plage de puerto
Le 02/07/2010 à 13:38:38
Hé ben, tu vis dangereusement. Entre oaxaca et palenque. Mais au moins tu decouvres vraiment le pays et tout finit bien donc cest bien. Pr ma part je n'avais pas envisagé la visite comme ca. Lol. T'es ou maintenant? Bonne continuation en tout cas
Par Nicodeloin
Le 02/07/2010 à 18:41:06
Hola man !

Vincent, c'est ça ?
Je suis au Nicaragua, sur la route pour Costa Rica.
As tu vu qu'il y a une photo de toi et ton pote sur la page Puerto Escondido ?

As tu aimé Montréal ?
En période de festivals, c'est vraiment chouette !

A bientôt et bonne route !
Par Vincent
Le 03/07/2010 à 00:36:55
oui c'est pour cela que j'ai mis ce nom (et nn vincent exact). J'ai adoré Montréal comme d'hab mais pas eu ddroit au festival (fin mai, il n'y a rien).

Bon courage au costa rica.

++



Par Visto
Le 02/07/2010 à 20:19:14
Bien joué les mecs, vous les avez bien niqués ces pseudos flics!!!
Hormis la qualité, la vidéo est excellente, surtout après avoir lu le récit (j'ai bien dit récit)...
On ressent vraiment votre soulagement d'être enfin sorti d'une issue plus que foireuse, mais en même temps, vous êtes toujours dans le track, mais c'est finalement les meilleurs souvenirs, ceux qui se méritent...
Par Nicodeloin
Le 03/07/2010 à 18:09:03
J'adore tes commentaires mon ami ! :-D
Très bonne analyse pour ta dernière phrase...

"Ceux qui se méritent..."

Très bon !

Bises, et tu sais combien j'aimerais qu'un jour on fasse de la route ensemble, man... On a fait que l'ardèche et du stop à Vienne, c'est bien trop peu !


Par Mich
Le 03/07/2010 à 23:11:24
bleu bite !
Par Nicodeloin
Le 04/07/2010 à 00:34:29
T'es pas obligé de faire partager ton intimité corporelle à tout le monde... :-p


Par Amé
Le 05/07/2010 à 06:37:55
Bon, là c'est définitif, je ne m'inquiète plus pour toi l'ado!!!!! ;)

prends soin! xx

Par Amé
Le 05/07/2010 à 06:38:00
Bon, là c'est définitif, je ne m'inquiète plus pour toi l'ado!!!!! ;)

prends soin! xx
Par Nicodeloin
Le 05/07/2010 à 07:05:16
L'ado, c'est pour l'adorable ?
:-)
Par Amé
Le 05/07/2010 à 13:22:11
Bien sûr! quoi d'aure? ;)
Par Amé
Le 05/07/2010 à 13:22:49
...d'autre...





Laisser un commentaire