Le Drame II

20/01/2007 - Pays : Australie - Imprimer ce message

On a plus rien. Surtout pas le gout de chanter.

Au poste comme toujours il y a les beaux discours
Au poteau les voleurs bourreaux des backpackers
Dents longues et coeur d'acier

Mais à la première occasion chacun tirerait le blouson
De la femme à Blanchon car il est bien mignon
Allez danse en Tasmanie

Et se rapellent de Hobart et de Saint David Park
Vol, Alcool et Vengeance à la carte
Quand on portait lourd

Il y avait Gui et Nico, pas prêts à discuter
Une batte de baseball toujours à portée
Allez d'accord, on va au condés...

Allez, il faut qu'on se bouge. On va se rendre au 43 Liverpool Street. Pour l'anecdote, c'est ce qu'il y a d'écrit sur le seul T-shirt qu'il me reste, celui que je porte.
Guillaume est abattu, inconsolable.
Une main dans ses Dread-Locks et les yeux sur l'horizon, je le motive à se lever. On a des backpacks à retrouver. Il nous faut une caisse, ouaip, avec une caisse on pourra passer toute la ville au peigne fin et retrouver le ou la mange merde.
-Ca ne sert à rien, me souffle une voix.
-Silence, on lache rien.
On a plus rien donc on lache rien...logique!


Allez gros, sèche tes larmes. Il est mort de fatigue, la nuit blanche, l'effort fourni et l'alcool englouti lui ont coupés les jambes. En même temps il a bu la majeure partie de la bouteille, me laissant à peine joyeux alors qu'il était plein comme une lune.
C'est peut etre sur ce détail qu'on a merdés, c'était mon role d'aller vérifier la silhouette sombre à un moment donné, pas le sien. On s'en fiche, le mal est fait.
Et bien fait.
Pour nous.
Allez, on s'casse de ce parc de merde, sinon on va y mettre le feu.

 

Guillaume déprime. Nico ne dis rien. Il réalise petit à petit que son voyage risque fort de se terminer là. Il n'y voit qu'un seul point positif, ses dents de sagesse qui s'éveillent (on dirait pas) et qu'il serait temps d'enlever.
-Allo papa, je suis pas un dur, je suis pas encore prêt à me démerder tout seul. J'ai besoin de ta carte bleue. Désolé de te décevoir.
Et il pleurera surement, écoeuré par la tournure des évenements et tellement faché contre lui même. C'est d'ailleurs vraiment étonnant que des larmes ne viennent pas gonfler ses yeux, lui qui ne peux pas regarder "Croc Blanc" sans chougner au moins 3 fois. Sans doute ses incessants espoirs qu'il a dans tous les registres de la vie, spécialement dans ceux qui font mal. L'espoir fait vivre, et bien heureusement car si il tuait il y aurait longtemps que Nico ne serait plus de ce monde. Candide con.
Peut etre ne réalise t'il pas.
-Héo Nico, t'as perdu ton sac !
-Je le sais ducon. Mais je vais le retrouver.
C'est ce qu'il va répondre au clochard qu'il croisera 1 heure plus tard.
En attendant, il remonte Liverpool Street avec son ami tout en continuant les interrogatoires au fil des rencontres:
-OK les gars si vous entendez parler de nos backpacks vous pensez à nous et allez aux flics, merci.
Il pense à appeler Ross mais le numéro n'est plus dans sa poche. Depuis combien de temps il n'a pas été autant dans la merde? Le 3 aout à Hong Kong peut etre? Pfff...Faux.
Dans la merde il a dit, pas en retard. Même le 9 juin parait ridicule à coté. Oh! Un mec avec un gros sac à dos! Il allonge la foulée et le rattrape au croisement d'Elizabeth Street. Rien, d'la merde, ca y ressemblait de loin pourtant. C'est pas possible...c'est pas possible...c'est le fond du trou.


Il se tourne vers son pote qui pleure encore et lui dit:
-Allez gros, ca pourrait etre pire.
-Ouais mais putain...nos sacs...Toutes mes photos depuis juin sont perdues...
Nico pousse un soupir de dépit tout en posant la main à travers son sac sur ses 3 CD d'archives photographiques. Il est pour la première fois persuadé qu'effectivement, ça pourrait être pire. Il compatie, puis se fend d'un sourire raté en repensant au Welshie qui se moquait de son trop gros sac en bandoulière.
Les voici devant l'entrée du bureau de police. Ils s'avancent vers le comptoir, attendent patiemment quelques minutes qu'une policière se dévoue à lacher son journal et il raconte l'histoire en insistant sur le coté dramatique. 3/4 d'heures de précisions, de détails, de remplissage. 45 minutes de réponses, de questions, de constats.
-C'est nécessaire de faire ça, mais ça ne sert strictement à rien.
Les flics ne pourront rien pour eux. C'est d'une évidence claire à ses yeux et ceux de son ami. Et la maréechaussée n'est même pas à blamer, les 2 petits Frenchies n'ont rien vu d'identifiable autour de ce sapin. 45 minutes plus tard, c'est toujours autant la merde. Aucune solution concrête n'est proposée, descendant au niveau -1 le moral des voyageurs. Eux qui débattaient il y a à peine 3 heures des pulsions sexuelles apportées par l'alcool ne peuvent maintenant échanger que des regards de détresse.
C'est la vie.
Une vie qui la leur met profond mais qui leur a tellement apporté depuis quelques mois, notamment leur amitié.

Guillaume obtient l'autorisation de rester quelques heures dans le hall afin de se reposer. Nico, entrainé par son sale caractère :-) , n'a pas sommeil. Pas maintenant.
-Tu as besoin de tes baskets pour dormir? Je te les emprunte.

Et me voilà parti pour l'inespéré, arpentant les trottoirs au pas de course dans des godasses trop petites. Mon voyage ne doit pas s'arreter là. Il ne s'arrêtera pas là. Ce sera la méga dèche mais je continuerais jusqu'en septembre, quoiqu'il arrive. Tension, colère, nervosité, émotion, je fouille du regard toutes les voitures à l'arrêt, tous les visages sur mon chemin, toute la vie devant moi. On sait jamais, sur un malentendu. Je ne sais que très vaguement où je me dirige, crachant des injures à tout bout de champ,  marchant encore et encore alors que la ville se réveille doucement en ce dimanche ensoleillé.
De tout coeur, je veux une batte de baseball. Marcher avec celle ci posée sur mon épaule, celà me semble indispensable. J'arrive dans un petit square, j'en fouille les chiottes puis le traverse. Un homme en tunique de nettoyeur communal se tient près d'un sac noir au milieu de l'impeccable pelouse. C'est un attardé mental, comme la plupart de ses collègues dans cette ville. Evidemment, j'accours. C'est un gros sac à dos, contenance triple d'un normal. C'est toujours ça. Je lui fais comprendre que c'est le mien alors qu'il s'apprête à le mettre dans sa benne.
Rapide inspection: 2 canettes de Rhum coca vides, une de bière cassée et un cubi de pinard presque terminé. Pas le temps de trier, je laisse tout et y ajoute la paire de baskets presque neuve qui se trouve à coté. Pas de pitié, les chiens mangent les chiens!


Un cri me stoppe dans mon élan. Un gros mec tatoué à moitié clodo et pas content du tout arrive droit sur moi en distillant je n sais combien de "fuck" à mon égard.
-C'est à toi? Désolé. Faut pas laisser trainer tes affaires.
Est il important de préciser que ce gros pingoin a bien entendu voulu sauvagement me réprimander? Non, je ne crois pas, tout comme il est inutile de préciser qu'il n'en a rien fait, lisant sur mon visage que me mettre sur la gueule avec n'importe qui ce matin là ne m'aurait pas dérangé le moins du monde.
Ce qui est important c'est que je reprend ma quête, alimentant mon aigreur par un compte rendu des pertes. Tout mes achats de Thailande, tout mes souvenirs, notre tente, les cadeaux de Noel et d'avant, mon petit ballon de Footie avec lequel je veux absolument jouer accompagné de mon frêre et ma chienne....Oh putain, il y a trop de choses, ca va couter les yeux de la tete de tout racheter.
Et que dire du Mich 21 qu'affectionnait tant ce dernier? Rien.
Rien à dire.
Juste à continuer.

Presque 1 heure que je ratisse et apparait au coin de la rue ce foutu St David Park. OK, j'y retourne. J'ai dans l'idée que le malfaiteur, après avoir repéré nos sacs, a ramené sa voiture près de l'une des entrées, a pris le sac moyen en bandoulière et trainé les 2 autres dans chaque main jusqu'à son véhicule, chargé le tout dans le coffre et Ciello Pakistan.
Ca sert donc à rien...mais sait on jamais. Je fais les buissons et autres parterres de plantes un par un. ce parc est grand, il y a de quoi faire. Ca ne sert à rien. Ca ne sert à rien.
Je fouille tel un basset des douanes.
Ca ne sert à rien, mais ça m'occupe et j'aurais la conscience tranquille. Ta gueule et fouille.
Mon coeur fait un bond. Oula ! Un joli bond, il y a devant moi un truc noir ressemblant fortement à...je m'approche, purée oui c'est un sac. Un sac noir au milieu des plantes! Je le saisit et rale immédiatement. Ce n'est pas un des notres, il est trop petit et en plus il est troué de partout. Putain mais c'est pas possible...trop d'espoir tue l'espoir. Je continue.
Quelle journée de merde!
Allez viens en Tasmanie, c'est super on fera des randos, on ira à Port Arthur ca sera très très chouette, on bouffera des barbecues en buvant l'eau de la source, oh oui on se fendra la gueule en famille Zidane.
C'est Zidane...? Zidane.


ZIDANE
10


En bleu sur fond blanc. Je ne vois que "ZI", "AN" et un bout du 1 mais je sais que mes jambes vont trembler.
Ca y est , elles tremblent. Et fort en plus...les garces!
Le coeur palpite en plus de ça:
-Dans ce pays de pouilleux ils ne pigent rien au football alors Zidane quelque part c'est à moi à 100%.
Je déploie mes ailes et fond sur le maillot de l'équipe de France. MON MAILLOT.
-Oooooh mon Zizouuuuu ! jouis je
Mon maillot entouré de ma serviette, mon pull en laine et le linge sale de Guillaume. Qu'il est bon de pouvoir enfin prononcer un pronom possessif...c'est comme dans un rêve.
Tout est en vrac, avec beaucoup d'autres affaires à nous que j'identifie au fur et à mesure, dissimulés entre des buissons et un mur. Un mur qui possède une ouverture donnant sur la petite route contigu où se trouve aussi quelques fringues. Je n'en crois pas mes yeux. MON.....DIEU!!! C'est pas croyable! C'est magnifique! Le genre de truc qui te file l'envie de te masturber. Je touche tout comme pour m'assurer que c'est réel. Ce qui est réel c'est que ça pue la pisse ici, c'est surement le coin à vidange pour les mecs bourrés. Rien à foutre, c'est trop beau, c'est innimaginable...
Je regarde en détail, nos 2 sacs ne sont pas là mais le moyen est ici, à mes pieds, encore plein du linge sale qu'il contient. Mes maillots de foot aussi, mes jeans, la plupart de mes affaires semblent être là.
-YYYYYYYEEEEEEEEEEEEEEEEESSSSSSSSSSSSS !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Une vieille qui promène son chien sursaute et s'enfuit au trot. C'est fantastique. Voir une vieille dame trottiner me ravit. Quel monde magnifique nous entoure! Une colonnie de fourmis s'affairent sur le mur. Qu'est ce qu'elles sont nombreuses! Et belles!
Je commence à rassembler les affaires mais une idée me vient. Je me rend tout sourire à la cabine la plus proche, compose le 000 et demande le poste de Hobart.
-Salut la gueuse, tu es un laidron mais tu es bien bonne! Moi c'est Nico, Français, et ouais poulette, et j'ai un numéro de déposition pour toi, tu notes? Superbe!...Oui, tu y es, on est les 2 clowns sans backpacks. Bon, pas de détour entre nous...j'ai retrouvé la plupart de nos affaires. Comment j'ai fait?...Bonne question bitch. Ce fut épique, j'ai pisté le voleur et l'ai suivi en m'aggripant à la roue de secours de son 4*4. Suite à celà nous avons combattu, il avait un cimeterre et j'étais simplement armé d'une fourchette...Evidemment que je plaisante! Non, j'ai eu un joli coup de cul, m'enfin ce qui serait judicieux c'est d'envoyer quelqu'un pour relever les empreintes. Et ramenez mon pote en même temps, je vais pas me trimballer ses frusques. Merci Derrick.

Ah c'est une bonne journée! Je retourne d'un pas joyeux aux affaires, en profitant pour complimenter les charmes d'une jolie tasmanienne. Oh que je suis content! On avait plus rien et finalement on s'en sort pas si mal. Mon voyage va continuer, quel bonheur. Content de moi, oh oui, la persévérance a payé.
La police arrive, ils prennent une empreinte sur la boite en fer contenant mes crèmes pour le visage (au final le cadeau de Noel de Mich suite à une mésentente) et nous laissent avec notre foutoir. On rassemble tout et nous endormons dans l'herbe 93 minutes.
-C'est génial, non?
-mmmh...dormir...mal à la tête...
Je pensais qu'il allait me sautait au cou de joie mais cette marmotte débordante de whysky est aussi mobile qu'une carpette.
Je pars me renseigner auprès de plusieurs boites de locations de voitures (sentez moi cette bonne haleine ma p'tite dame) mais les prix s'avèrent trop élevés et les conditions trop pénibles. Dommage, ça aurait résolus le triple problème abscence de sacs + hotels pleins + bouger où bon nous semble. On se trouve un hotel à 2 pas du parc, hotel sensé être plein la veille au soir mais étrangement vide à l'heure actuelle. On apprendra le soir même que le patron nous avait menti, il restait des lits. C'est donc sans remords que nous avons payé pour une personne sur la totalité de notre séjour, sans oublier les piles rechargeables de la télecommande.
Dog eat Dog.
On se remet de nos émotions et de notre nuit blanche après avoir listé ce qui manque:
-Appareil photo, cartes mémoires, 1 CD Rom d'archives, 1 veste, quelques slips (il peut les garder...), la trousse de toilette complête, 2 panoplie de godemichet, le backpack avec la tente qu'on ne pourra donc pas revendre, une paire de lunettes, un lecteur MP3, quelques fringues dont un nouveau bonnet...signez là monsieur Michalak.
-Backpack avec chaussettes et boxers à l'intérieur, chargeur de télephone, tondeuse heveux-barbe, déodorant, copie des papiers importants. Monsieur Matrat vous êtes cocu, signez là.          
Cocu ou verni, quoiqu'il en soit toutes mes choses de valeurs sont dans "Ze Sac Quickwinner".
Y'a surement des trucs qu'on a pas remarqués en attendant...
Ca fait quand même chier pour la tondeuse parce que j'en avais justement ras le cul de ma tignasse blonde et puis je sais plus me raser avec un rasoir. Ca va me faire du changement...
Ce connard a quand même bien fait son marché, un déo par ci, un MP3 par là, on peut même voir à dresser un portrait robot de ce puant.
Une personne aimant le camping (tente) et se préparant à partir en voyage (1 backpack) avec sa copine la moche (1 backpack) en Asie (Lonely Planet Asie du sud est). Un crado qui doit bien refouler (déodorant) mais néanmoins enclins à faire des efforts (trousse entière). Quelqu'un d'assez pointilleux sur le coté chauve de son pubis (tondeuse), n'aimant pas le football (maillots de foot laissés) et ayant mauvais gout vestimentaire (il a pris que des fringues à Mich ;-))
Quelqu'un qui au final va bien halluciner sur certaines photos de Koh Samui où l'on voit La Main Qui Tue et qui va complexer sur celles de Kompong Cham.

OK, on reste à Hobart jusqu'au vol pour Sydney, se rendant tout d'abord à l'armée du salut, pleurer et obtenir 30 dollars de bon d'achat en fringues dans leurs supers magasins remplis de puces et 30 dollars de bouffe chez les supermarchés Coles. Je trouve un gros sac à dos de l'armée US avec "Turner" écrit sur le dessus, nous faisant à chaque fois marrer. Ross et ses potes nous ont filés un sac à dos batard et il suffira à Mich pour caler la plupart de ses fringues. On a rien déboursé et on s'est refait. On a pas pu trouver de boulot alors on a passé nos journées à squatter Internet gratuit et rouiller dans le superbe petit salon de l'hotel.

Le vol pour Sydney, King Cross le quartier des putes et des drogués, une dernière soirée, un dernier coup d'éclat de Mich qui ne savait pas que la fille avec qui je discutais était Francaise, me mettant mal à l'aise en venant nous couper pour me dire "Elle est moche!!!". La boulette.

Sydney, 8h15, samedi 20 janvier 2007. J'écoute "Un Homme pressé" dans le bus qui me ramène en centre ville.  Je chiale comme une madeleine.



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Hobart
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Par tata chantal
Le 20/01/2007 à 11:46:38
salut le petit nain
pleure pas ont te suivras pareille memme s'il ni a plus le nain guigui,courage tu as retrouvé pas mas mal d'affaire et puis tu te laisse pousser la barbe et les cheveux comme cele tu gagneras du temps
gros bisous et à plus
tata chantal
Par Nicodeloin
Le 23/01/2007 à 08:25:15
C'est très gentil à vous tata chantal.

A la revoyure!



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