El Gran Chaco, une pause pour savourer.

09/12/2010 - Pays : Paraguay - Imprimer ce message

Paraguay. Sur le chemin de la Bolivie.

Je me crois en Australie. Il manque juste les kangourous.

Un désert, du sable, de la terre, des rafales de vent, de la poussière dans l'oeil. Quelques arbres plus loin.

Un soleil de plomb

Un décor de western.

Dans ce western, j'ai le rôle de celui qui attend. Et qui n'est plus très patient, il va sans dire.

Au beau milieu d'un désert portant le nom d' El Gran Chaco, une plaine boisée qu'ailleurs on appelle savane, une des principales régions géographiques d'Amérique du Sud qui s'étend sur la partie nord du Paraguay. Chaco est un terme qui provient du quechua chaku et qui signifie : « (territoire de) chasse ».

À l'endroit où j'attends, je vois pas ce qu'il veulent chasser vu qu'il y a juste que dalle.

Les peuples amérindiens de la contrée étaient apparentés avec ceux de la région pampéenne, mais avaient reçu des influences culturelles tant de l'est (groupe guaraní) que de l'ouest (peuples des hauts-plateaux andins). Après 1880, la présence de populations européennes s'est fortement accentuée dans toutes les régions du Chaco et un métissage important a eu lieu.

La région du Gran Chaco possède en fait deux saisons climatiques: la saison sèche et la saison humide. Quelle que soit la saison, il y fait plutôt chaud.

Rien autour.


Un peu comme l'Australie, donc, mais en plus mal fichue.

3 bagages à terre. Une bouteille d'eau en fin de vie. Un nouveau porte-clef.

Un croisement entre 2 larges routes qui sont des lignes droites. C'est tellement plat que des sortes de mirages se forment à l'horizon, là où se rencontrent la route et le ciel.

Un bras tendu.

Une voiture toutes les 4 minutes.


20 minutes avant de se parler tout seul :

  • Non mais toi t'avais la place, scrogneugneu ! Parce que là, je peux pas marcher les 14 bornes jusqu'à Filadelfia !

Là-bas, à 100 mètres, le gérant de la station-essence formant la seule architecture du champ de vision. Il est d'origine Canadienne, donc typé Caucasien. Il me regarde, assis sur sa chaise, sa casquette pleine d'huile sur la tête. Je lui ai acheté un paquet de cigarettes et surtout été convaincu de troubler l'habituelle ambiance silencieuse avec mes questions :

  • Ouais. (long silence). Je pense qu'un bus va passer.

  • Ok, cool. Tiens, tu veux une clope ?

  • Non. (long silence). Je n'ai jamais fumé. (long silence). Et jamais bu non plus.

  • Ah, mais vous êtes pas un "Mennonites" ?

  • (long silence)... Si. (long silence).

  • Donc vous êtes d'origine Allemande ? Si c'est le cas on est voisins.

  • (long silence) Ma famille vient du Manitoba.


Ce sera sa dernière phrase. Tout le reste ne l'intéressera pas. Bon, bah c'est l'heure d'essayer de partir.

La prochaine voiture, le bras restera le long du corps.

Quoi, je fais le difficile ? Attend mais t'es marrant toi, tu sais rien, ecoutes je t'explique : Il y a à l'intérieur 4 bonshommes, et on dirait les Dalton qui se sont évadés de prison. Sans Jolly Jumper, je fais pas le poid, tout Lucky Luke que je suis.

Ces 2 pepitos de chauffeurs m'ont largués à un croisement de routes désertiques, alors que je pensais aterrir en ville. J'en viens à me dire que j'aurais dû rester dans le bus, et aller à Asuncion comme tout le monde, nottament ce sympathique couple de voyageurs turcs trimballant un chaton dans une cage.

La destination n'est pas touristique mais a un côté tentant, d'après ce que j'en ai lu.

C'est une colonie qui a été créée dans la première partie du siècle dernier par des occidentaux. La structure de la ville est donc occidentale, d'où sa ressemblance avec l'Australie, qui est elle-même une énorme colonie Brittanique.

Enfin, un pick-up stoppe.

Un vieux, je suis en confiance. Surtout qu'il a du mal à marcher.

Si il veut fourrer, une seule main suffira pour le briser.


Il a beau avoir un appareil auditif, il entend très mal. La conversation est difficile :

  • Vous faites quoi dans la vie ?

  • Qué ?

  • JE DIS : VOUS FAI-TES QUOI DANS LA VIIIIE ??!!

  • ?

  • LAI-SSEZ TOM-BER. On va faire comme si vous tenez une boucherie, ha ha ha !

  • Como ?

  • Une boucherie, un boucher, vous êtes bouché... du tympan... enfin, voilà quoi... c'est une joke...

  • ...


Il me dépose dans un hôtel assez chic où la chambre climatisée coute 50000 Guaranis


C'est également un Mennonite.

Qui sont-ils, ces gens là ?

Être Mennonite, c'est appartenir à un mouvement religieux, issu de la réforme protestante à Zurich en Suisse vers 1520. Il dénonça la symbiose, ainsi que la mainmise de l'État sur l'Église – et vice versa.

Les mennonites sont très mobiles, dès leur apparition. Ils doivent en effet échapper aux persécutions politiques et religieuses (généralisées contre tous les anabaptistes). Les jeunes Mennonites cherchent en outre à se soustraire au service militaire que veulent leur imposer leurs différentes terres d'accueil, à l'encontre de leur foi.

Les mennonites refusent :

  • le baptême des enfants (ils sont anabaptistes : ils préfèrent un baptême plus tardif, précédé d'une profession de foi personnelle, permettant un libre choix et une libre acceptance de la religion)

  • l'usage des armes, et donc le service militaire

  • pour une minorité d'entre eux, beaucoup de progrès techniques

  • comme dans tous les protestantismes, le pasteur n'est pas un intermédiaire entre les croyants et Dieu.


Mais les Mennonites se distinguent des autres religions en ce qu'ils sont des précurseurs, notamment en ce qui concerne le concept de laïcité : ils ne suivent personne ; aussi le terme « mennonitisme » ne convient-il pas exactement.

Les mennonites sont très discrets, sobres et travailleurs. Ils veulent vivre hors du monde, mais le bien est leur mission, l'hospitalité une obligation quasi divine. À mesure de leur croissance économique, une partie de ces communautés s'accommode de quelques progrès, de l'électricité à l'essence, notamment pour les travaux les plus durs.

On dénombre aujourd'hui approximativement 1 300 000 mennonites dans le monde. Ils sont très éparpillés, et présents notamment auCanada, aux États-Unis d'Amérique : les Amish, au Mexique, au Congo-Kinshasa, en Inde, au Belize, en Bolivie, au Paraguay et en Suisse, principalement dans le Jura bernois.

Des membres de leur communauté ont été appelés par le Paraguay à la suite de la guerre du Chaco, pour coloniser des terres à la frontière bolivienne, où ils sont plusieurs dizaines de milliers.


Filadelfia, c'est peu bruyant, c'est tout carré, c'est une colonie, alors les locaux indigènes te disent bonjour en souriant...

Il y fait agréablement chaud. Je passerais 4 jours à me reposer, soulagé pour l'avenir, à ré-étudier encore une fois la disposition de mes affaires à l'intérieur des sacs.

La trousse de toilettes et les sous vetements au dessus, c'est généralement ce dont tu as besoin en prioritée.

Le pull-over et le pantalon chaud tout au fond.

Le guide de voyage et le MP3 à portée de main, l'appareil photo dégainable en 30 secondes.

Le tripod dans une poche intérieure. Les chaussettes pas loin.

Ah... finalement on s'en fout, on a le temps, la liberté est totale, le sac attendra. Allons voir l'histoire récente du Paraguay au travers de la Guerre du Chaco :

Ce conflit, comme pour la plupart des guerres latino-américaines des xixe siècle et xxe siècle, trouve ses origines profondes dans l'incertitude des frontières et des compétences des institutions coloniales espagnoles et l'absence d'occupation effective sur de vastes portions de territoires.

La guerre de la Triple Alliance qui, de 1865 à 1870, opposa le Paraguay à une coalition formée par l'Uruguay, l'Argentine et le Brésil, tourna à la totale déconfiture du Paraguay, l'Argentine s'assurant de fait la mainmise sur le Chaco.

Profitant de cette défaite, la Bolivie considéra dès cette époque le Gran Chaco Boreal comme faisant partie de sa sphère d'influence. Les discussions entre Paraguay et Bolivie démarrèrent en 1879 mais, bien que plusieurs protocoles d'accord soient intervenus, aucune implantation permanente bolivienne ou paraguayenne ne s'établit, vu l'âpreté du pays, les conditions climatiques infernales et l'absence de toute infrastructure.

Parallèlement, un autre contentieux entre Bolivie et Paraguay, ne fait qu'empirer les choses.

En 1884, la Bolivie a en effet perdu tout accès à l'océan Pacifique au profit du Chili, comme suite à la "Guerre du Nitrate" ou "Guerre du Pacifique". Ses velléités en direction du fleuve Paraguay sont alors perçues à La Paz comme une nécessité pour s'ouvrir un accès à l'Atlantique et à Asuncion comme une nouvelle provocation.

Les escarmouches sont fréquentes mais les premiers affrontements notables ont lieu à partir de 1920.

Compte tenu de cet état de tension entre les deux pays, le Paraguay commença finalement à établir des colonies militaires dans le Chaco à partir de 1921 mais la guerre civile sanglante qui frappa le pays en 1922 mit un terme à cette tentative de colonisation. Profitant des difficultés internes de son voisin, la Bolivie prit le relais en installant à son tour une ligne de fortins dans la région. Ces infrastructures se résumaient de fait en une série de misérables huttes en adobesurmontées d'un toit de paille, entourées d'un fossé (inondé en période de pluie) et occupée par l'équivalent d'une compagnie.

Le pétrole, que les politiques des deux pays élèvent en argument pour mobiliser leur population, fait partie des mythes quant aux objectifs réels de la guerre.

Le 25 février 1927, une patrouille paraguayenne égarée, commandée par le lieutenant Rojas Silva est capturée en territoire bolivien et internée. Le Lt. Rojas Silva est abattu par une sentinelle bolivienne en tentant de s'évader et la fièvre belliciste monte d'un cran dans les deux pays.

L'incident décisif a lieu le 15 juin 1932 : c'est l'accrochage dit de la Lagune Pitiantuta (ou Chuquisaca), point d'eau où un fortin bolivien est détruit par les Paraguayens.

Le 5 décembre 1928, 400 soldats paraguayens sous le commandement du Major - et futur Président - Rafael Franco capturent le fortin Vanguardia. L'incident porte la tension à un niveau très élevé, La Paz dépêchant sa toute nouvellement créée 5ème division d'infanterie (D.I.) pour reprendre la position. Les relations diplomatiques sont rompues le 12 tandis que le 14, les Boliviens chassaient les maigres forces adverses du fort de Boqueron et de la position Mariscal Lopez. Il fallut la médiation d'une commission internationale composée de la Colombie, de Cuba, du Mexique, de l'Uruguay et des U.S.A pour obtenir le rétablissement du statu-quo tandis que le Paraguay, comme agresseur, était admonesté par la Société des Nations.

Le Paraguay a déjà conquis la majeure partie de la région lorsque le 27 novembre 1934, les généraux boliviens, exaspérés par les défaites successives, arrêtent leur président alors qu'il est à Villamontes. Ceux-ci le remplacent par le vice-président José Luis Tejada Sorzano.

Mais le pronunciamento n'empêche pas le désastre. Sur les berges du Pilcomayo, 2000 hommes se font coincer, 1200 tombant finalement aux mains des Paraguayens pour le prix .. de 46 pertes, morts et blessés confondus.

Le dernier carré bolivien est constitué pendant la première moitié de 1935 dans la place forte de Villa Montes où l'armée bolivienne se retranche en vue d'un suprême effort. C'est donc le choc des titans qui se prépare, toute l'armée paraguayenne se portant elle aussi en avant. Des canons de 120mm de canonnières sont même démontés des arsenaux paraguayens, engagés sur place et installés sur des embases en béton. La bataille s'engage en février et dure jusqu'en avril, sans aucun résultat marquant pour l'un ou l'autre camp. Les adversaires s'essoufflent et frisent la banqueroute économique intérieure ...

Un cessez-le-feu est négocié le 12 juin 1935, le Paraguay obtient un peu moins que le territoire qu'il espérait mais il a clairement gagné la guerre, s'emparant également pour près de 10 000 000 dollars US (chiffre de l'époque) d'équipement militaire ennemi.

Hergé publie en 1935 l'album l'Oreille cassée des aventures de Tintin, qui fait référence à une guerre entre deux petites nations sud-américaines pour un territoire supposé pétrolifère, chacune soutenue par une compagnie pétrolière différente et faisant appel au même marchand d'armes,Basil Bazaroff, avatar littéraire de Sir Basil Zaharoff, le directeur puis président de la société d'armement britannique.


C'est bien.

Il est 3 heures du matin.

Dormir devient de moins en moins envié et nécessaire.

La vieillesse se racourcit.

Une nuit blanche, sous insomniaques naturels, à visionner l'excellent film "Shouting Dogs".


La guerre du Rwanda n'est pas un génocide selon l' ONU. Pourtant, c'est exactement le même principe que la Shoah : Supprimer un groupe ethnique de manière orchestrée.

Sauf que les moyens ne sont pas la même.


Y'avait bien cette fille au faciès Allemand qui habite ici depuis 27 ans, mais j'avais du mal à me sentir en compagnie d'une locale.

Y'avait bien un petit musée, mais je me levais trop tard.

Y'avait bien des Églises modernes, mais les cultes ne m'intéressent pas.

Y'avait bien cette voyageuse Allemande à l'excellent Espagnol, mais j'en parlerais plus tard, puisqu'elle va en quelque sorte me sauver la vie après la frontière Brésilienne.

Y'avait bien la réceptionniste qui m'a donné son T-Shirt (coupe femme) de l'équipe de football du Paraguay, mais y'avait aussi Eugenia qui m'a gavé de Téréré pendant 2 jours.


Teréré. Una bebida tradicional de Paraguay.

Très populaire, autant chez les jeunes que les personnes agées. Il est commun de voir des étudiants aller en cours avec une bombonne d'eau glacée alors que les temperatures peuvent atteindre 40° à 45°C.

Les employés ont une "pause tereré" quand d'aytres ont une pause café. Dans la plupart des entreprises, le tereré est permis car l'herbe de maté a des effets stimulants, comme le café.

L'acte de boire du Tereré est avant tout une raison de partager, l'occasion de bavarder et faire des nouvelles connaissances, ou encore pour méditer seul à la fin de la journée.


Peut-on parler d'addiction populaire ?

J'en sais rien, mais je devrais faire gaffe moi aussi à ne pas devenir addict. Pas du téreré, car je n'aime pas plus que ça. Mais pour méditer, seul en fin de journée, j'ai mon truc qui m'oblige à être prudent lorsque je franchis les frontières. Je me rappelle la dernière fois.

 

Bolivie – Paraguay, le bus stoppe, tout le monde descend, toutes les bagages sont sur le sol et un chien est sorti de sa cage.

Il fait le tour, tranquillement, reniflant tout.

Il ne trouve rien, on le renvoit dormir. Les sacs sont ouverts un à un. La Bolivie est un gros producteur de cocaïne, alors on fouille.

La technique est la même que pour aller chercher un pourboire : Sourire et faire rire. Raconter sa vie un petit peu, des anecdotes inutiles dont tout le monde se fout. Et ne pas dire que ton herbe est cachée dans l'accoudoir troué d'un siège du bus.

Facile, au final. Et l'hasard haut fait bien les choses.


En attendant, je pars sur la capitale.

Merci.

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Par ben
Le 09/12/2010 à 08:24:42
Bon au lieu de méditer rattrape donc ton retard d'écriture hihihi

La je reste sur le cul

même pas une petite mésaventure croustillante te serais tu calmé hihih


aller raconte un peu tes conneries dans le prochain mess
Par Nicodeloin
Le 11/12/2010 à 07:06:07
Les 2 font la paire !
Oui, je suis plus calme. :-)


Par Mich
Le 10/12/2010 à 22:59:27
Bonjour, alors la banquise après le désert? T'as troqué tes tongues contre des boots en peau de caribou?
A quand la prochaine poutine?
biz
Par Nicodeloin
Le 11/12/2010 à 07:04:39
SPOILER...

Viens me voir stp.


Par Karim
Le 11/12/2010 à 20:21:48
Pas mal le paraguay,

j'ai bien aimé la photo de la tong solitaire...!!

NIco, je t'ai envoyé un mail cette semaine, tu l'as reçu? Prends un temps pour me répondre coco.
Plein des bisous de la France froide.

Karim.
Par Nicodeloin
Le 12/12/2010 à 04:47:02
Désolé, rectifié.


Par Ange
Le 29/12/2010 à 13:30:50
Salut le couz,

Ca fait un bail que je n'ai pas pris le temps de t'écrire ou même de lire tes aventures : depuis 6 mois c'est le speed.

Je penses souvent à toi avec une pointe d'amertume qui me rappelle que nos bons moments passés ensemble sont de plus en plus loin et qu'ils n'y en aura surement pas de nouveaux.
Dans ces moments là mon égoisme prime sur ton bonheur.
C'est probablement une réaction normale quand un être vous manque...

Je t'embrasse.


Par tatie Danielle
Le 31/12/2010 à 17:12:27
Coucou Nico!!je suis un peu en avance,mais je voulais te souhaiter une très bonne Année2011.Que celle-çi t' apporte plein de bonnes choses pour toi (santé,amour,réussite....)On te fais tous de gros bisous en espérant te revoir très vite.A bientot.


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